Grotte de la Courbatière - Jujurieux
Participants : Melissa, Florence, Marco, Zoé, Andréa, Damien, Emeric, Vincent, William, Bruce
Lieu : Jujurieux (Ain)
Date : 25/04/2026
T.P.S.T : 7h30
Ecrit par : Bruce
Première sortie d’initiation pour Marco, volontée de Damien et Vincent d'emmener leurs enfants sous terre et d’Andréa de faire découvrir la spéléo à sa collègue Zoé. Nous avons donc choisi Jujurieux qui propose deux parcours : un parcours simple sur corde avec quelques puits et mains courantes (équipe bleue) et un parcours sans corde mais avec pas mal de ramping fatiguant et quelques étroitures (équipe rouge).
Nous sommes arrivés au parking vers 9h30. Tout le monde met son équipement et les deux équipes se répartissent quelques fleches jaunes pour matérialiser nos passages respectifs et se retrouver sous terre. Entrée dans la grotte vers 10h30.
L'équipe bleue passe par l’entrée des Buis et la rouge par celle de la Carrière.
Equipe bleue :
L'équipe bleue devant l'entrée des Buis
Après être rentrés par l’entrée des Buis, nous arrivons rapidement au premier puits (P6) puis continuons en direction de la grande salle que nous atteignons après une petite main courante et une chatière. Nous descendons le P7 (équipé en fixe et qui permet de rejoindre le réseau inférieur depuis la grande salle) pour retrouver l’autre équipe et déjeunons tous ensemble à la base du puits.
Après le repas, nous retournons à la grande salle pour rejoindre une vire équipée en fixe et visible d’en bas tandis que l’équipe rouge projette de continuer par le réseau inférieur et de passer par la fameuse “Sableuse”, l’idée étant de nous retrouver à nouveau dans la suite du réseau pour terminer l’exploration ensemble.
Première expérience sur corde en souterrain pour Marco
La vire passée, nous restons dans la partie supérieure ce qui nous permet d'éviter de passer le P9 & E8. Une fois cet obstacle contourné, nous arrivons rapidement à une autre vire (déjà équipée) et au P11. Une fois à la base du P11, pas de trace de l’équipe rouge. Nous décidons d’aller plus en avant dans le réseau en espérant retrouver nos amis. Toujours pas d’équipe rouge en vue et l’heure tourne, Marco et Bruce décident de monter le dernier puits (déjà équipé) qui permet d’atteindre le lac et le fond du réseau tandis que Melissa et Florence retournent à la base du P11 pour les attendre. L’équipe se sépare ensuite en deux, Marco et Bruce remontent le P11 pour déséquiper et Melissa et Florence tentent le passage par la Sableuse pour rejoindre l’équipe rouge qui a dû rester en arrière. Finalement, nous retrouvons nos compères au niveau de la vire au-dessus de la grande salle et Melissa et Florence nous rejoignent un peu plus tard après un passage douloureux dans la Sableuse que l’équipe rouge avait décidé de ne pas franchir.
Les deux équipes réunies, nous ressortons tous par l’entrée des Buis, certains en passant par le P6 et d’autres par le toboggan.
Equipe rouge :
L’équipe rouge s’est montrée brave. Avec deux enfants et une toute première initiation pour Zoé, il fallait d’abord être prudent pour l’accès à l’Entrée de la Carrière, puis courageux et persévérant pour la progression dans le réseau inférieur.
Pour Damien, il s’agissait de sa deuxième visite dans les Grottes de Jujurieux, la précédente ayant eu lieu il y a trois ans. Malgré ses efforts pour se rappeler, ses souvenirs de la cavité étaient minces, ce d’autant que Damien lors de sa première visite avait progressé dans le sens inverse.
Damien et son fils Emeric dans les gours
Nous avons donc réalisé un parcours en sens inverse par rapport à celui effectué par le Spéléo Club de Vienne il y a 3 ans. La progression depuis l’Entrée de la Carrière, s’est révélée longue et physique en raison de l’étroitesse du conduit souterrain sur près de 300 mètres. Le passage de la Boîte aux Lettres, les rampings répétitifs, le franchissement des petits gours d’eau et des zones humides se sont avérés éprouvant pour Emeric. Malgré cela, l’ambiance du groupe était très agréable, et les enfants se sont montrés particulièrement courageux lors de cette étape. Zoé encadrée par Andrea semblait très à l’aise dans cette partie étroite et pénible de la grotte. William traçait son chemin avec aisance, parfois juste devant Emeric, parfois juste derrière, avec quelques micro-siestes pour rattraper la grâce-matinée que ce samedi spéléologique ne lui a pas permis. Damien encadrait Emeric avec attention dans cette longue progression, tandis que Vincent faisait le pitre pour soutenir le moral des troupes.
La longue progression par l'entrée de la Carrière
Arrivés au niveau du P7 nous retrouvons l’équipe bleue. L’épreuve du réseau inférieur ayant abîmé les ressources physiques de l’équipe rouge, nous décidons collectivement de manger au bas du P7 pour soulager Emeric qui a souffert lors des rampings et des passages humides.
Le pique-nique souterrain, agrémenté avec des petites soupes chaudes, est consommé dans la bonne humeur et avec appétit. Damien sort les sachets de soupe, Zoé distribue de petites tranches de fromage goûteux, Vincent s’occupe du réchaud … bref on partage, on rigole, et on se requinque.
Après 30 à 40 minutes de collation, les deux équipes montent ensemble dans la « Grande Salle » en effectuant une courte remontée sur corde (3 ou 4 mètres) qui ne pose aucune difficulté. Zoé pour qui c’est la toute première progression verticale sur corde se montre encore une fois très à l’aise.
Après une mise au point collective du programme souterrain, les équipes se séparent à nouveau. L’équipe bleue reprend le réseau supérieur pour atteindre le fond après la Salle de la Vierge. Pendant ce temps l’équipe rouge envisage de franchir l’étroiture de « La Sableuse », le but étant de regrouper les deux équipes au niveau de la Salle des Suisses.
Malgré les essais successifs d’Andrea, Vincent et Damien, après avoir déblayé le début du passage avec le râteau laissé à disposition par de courageux prédécesseurs, l’équipe rouge renonce à passer « La Sableuse ». Ce passage s’avère en effet très étroit, tandis qu’il n’est pas possible d’en voir le dégagement, même après avoir déblayé les graviers avec le râteau. Il faut savoir renoncer, surtout quand on encadre des enfants. Rebrousser chemin n’est pas une défaite, c’est une décision sage et mesurée. D’ailleurs le témoignage de Mélissa et Florence (équipe bleue) qui ont franchi avec difficulté « La Sableuse » nous a donné raison d’avoir épargné Emeric, William et Zoé.
Demi-tour donc vers la Grande Salle. La fatigue et le manque de coordination nous mettent dans la confusion pour la suite de la progression à partir de la Grande Salle. On essaye par le haut, puis par le bas en direction du Nord, la bonne humeur est toujours là, mais le temps passe vite tandis qu’une main courante ralentit fortement notre progression.
Finalement Bruce et Marco (équipe bleue) nous retrouvent quelques dizaines de mètres au-dessus de la main courante et nous indiquent que nous faisons encore une fois mauvaise route, puisque nous nous dirigions vers le fond alors que nous pensions nous orienter vers la sortie. De nouveau demi-tour vers la Grande Salle !
Bruce indique la chatière à prendre vers le Sud et transmet les directives à suivre par l’équipe rouge afin de progresser sans détours vers la sortie. Pendant que Bruce et Marco retournent vers « La Sableuse » pour récupérer Mélissa et Florence, l’équipe rouge prend donc enfin le chemin de la sortie.
Le passage de la Sableuse par Florence et Melissa
Le retour dans le réseau supérieur est nettement plus aisé que l’aller dans le réseau inférieur. Nous progressons plus rapidement malgré quelques brefs égarements. Le réseau supérieur plus ample est de plus agrémenté de beaux concrétionnements et parsemé de jolis gours aux eaux limpides.
Malgré le soulagement d’une progression retour plus facile et rapide, la fatigue pèse sur l’équipe rouge. Aussi Emeric et Damien peinent à éviter les gours ennoyés, si bien qu’un gour récalcitrant fera accidentellement basculer Emeric sur son père. Damien s’en sort avec un pied douloureux sur lequel il ne peut guère marcher. Heureusement il reste seulement un puits de 6 mètres (P6) et 80 mètres de progression facile avant la sortie par l’ « Entrée des Buis ». Emeric se montre alors courageux et remonte facilement le P6 surveillé par Andrea, puis Damien enchaîne rapidement malgré son pied blessé. Zoé suit sans difficulté surveillée par Vincent qui ferme la marche.
Les 80 derniers mètres ne posent guère de difficultés, nous avons donc atteint sans peine l’ « Entrée des Buis ». Une fois sorti de la cavité, un sentier d’une centaine de mètres, en pente raide mais bien tracé, permet de rejoindre hâtivement le parking en contrebas. Après s’être changés nous avons partagé un excellent moment de convivialité autour des victuailles et boissons apportées par chacun. C’est le moment d’échanger nos impressions, nos sourires et de se régaler, notamment grâce aux délicieuses préparations végétariennes apportées par Zoé.
Le réconfort après l'effort
Pour l’équipe rouge la progression sous terre fut complexe et l’orientation difficile dans les Grottes de Jujurieux. Nous avons perdu du temps dans la Grande Salle sans parvenir à retrouver notre chemin avant de recevoir l’aide de Bruce. Nous avons commis plusieurs erreurs de coordination et d’orientation. Heureusement, Bruce a été présent pour nous réorienter correctement.
En dépit de l’épreuve physique et des erreurs d’orientation, l’équipe rouge est restée soudée ce qui a permis de conserver la sécurité du groupe. Emeric, bien que plus jeune et de petit gabarit, a fait preuve de courage, notamment lors des passages sur corde. William s’est montré parfaitement autonome, respectueux des consignes et de l’unité du groupe. Zoé a montré une parfaite adaptation et un sang-froid inoxydable tout au long de cette longue initiation spéléologique.
Il était très plaisant de partager l’expérience avec des nouveaux, de les voir progresser et découvrir la grotte. La présence de petites chauves-souris lors de certains passages a également été appréciée par le groupe. Cette expédition fut une belle expérience, malgré un dénouement compliqué par la blessure légère d’un coéquipier.
La blessure de Damien, survenue en tentant d’aider Emeric, rappelle l’importance de la vigilance et de la gestion de la fatigue.
Un “ciel étoilé” sous terre ?!?
Si le passage par l’entrée de la Carrière est étroit et relativement pénible, il donne en revanche tout loisir d’observer les parois calcaires de la grotte de Jujurieux. Cette cavité karstique a été creusée par les éléments naturels dans les calcaires à entroques du Jurassique inférieur à moyen (notés l9b-j1b sur la carte géologique n°0676N de St-Rambert-en-Bugey publiée au 1/50’000 par le BRGM) appartenant au massif du Jura. Il s’agit de roches sédimentaires (environnement marin relativement peu profond) formées par l’accumulation d’une myriade de débris de fossiles marins (calcaires biodétritiques) durant le Bajocien il y a environ 170 millions d’années !
Entre la Boite aux lettres et la Grande salle, on peut donc en toute aisance observer au plafond un calcaire jaunâtre riche en fossiles, tels que des huîtres, des brachiopodes, des épines d’oursins (radioles) et des Crinoïdes du genre Pentacrinus. Le plafond calcaire forme ainsi un "ciel étoilé" puisque le genre Pentacrinus se compose de petites plaquettes en forme d’étoiles à 5 branches. Pour le bonheur des spéléologues attentifs, l’altération endokarstique du calcaire fait ressortir ces petites étoiles de quelques millimètres d’envergure. Elles se dénotent par leur mise en relief (altération différentielle) et par leur teinte brun-noir qui se détache nettement du plafond calcaire jaunâtre.
Mais que sont en fait ces petites merveilles fossiles, savamment nommées Pentacrinus, qui permettent l’image d’un “ciel étoilé” ? Ce sont des restes d'animaux marins, plus généralement appelés Crinoïdes et appartenant au groupe des Échinodermes, c'est-à-dire au même groupe d’animaux que les oursins, les étoiles de mer, les holothuries (concombres de mer), etc. Ces étoiles qui peuvent se compter par millions (probablement des centaines de millions voire même des milliards ?) dans les roches calcaires, sont les fragments démembrés de squelettes calcaires (aragonitique ?) d'animaux marins qui ressemblaient étrangement à des plantes sous-marines (un peu comme les Gorgones actuelles). Les étoiles correspondent à des petites plaquettes osseuses planes à symétrie bilatérale pentagonale, appelées "entroques" par les géologues, qui par superposition les unes sur les autres formaient des tiges dont la section était en forme d'étoile ; ces tiges constituant le pédoncule et les multiples bras d’un animal marin.
Une très belle dalle rocheuse à Crinoïdes est exposée dans le Musée des Confluences à Lyon. De nombreuses photos et quelques reconstitutions paléontologiques des Crinoïdes sont publiées sur Internet :
http://awr.free.fr/FossilCollection/Crinoidea/PentacrinusTuberculatus.shtml
https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S1251805000001075
http://fossilesboulonnais.free.fr/invertebres/echinodermes/crinoides/crinoides.html
Matériel emprunté au club :
cordes: C14 + C16 + C25 + C27 + C22 + C11
30 mousquetons / plaquettes
5 dyneema
1 AS
3 sangles
Matériel réellement utilisé :
P6 : 2 mousquetons + corde 14 m (chaine)
P9 & E8 : on est passés au-dessus, 2 mousquetons + corde de 16 m pour rejoindre le haut de E8 (2 broches) et un mousqueton pour accrocher la corde en bas (mini pendule).
P11: tête de puits déjà équipée, un mousqueton pour accrocher la corde de 27 m
Au total : C14 + C16 + C27 et 6 mousquetons.
Notes pour une prochaine sortie d’initiation dans cette cavité :
L’entrée de la carrière est difficilement accessible, prévoir une corde de 30m pour sécuriser l’accès en corniche, surtout en présence d’enfants. De plus, le ramping par cette entrée est long et fatiguant. Une autre solution sans corde et qui permet d'accéder facilement à la grande salle est de passer par l’entrée des Buis et de suivre le toboggan plutôt que de prendre le P6 (attention cependant au P13 qui s’ouvre au sol de la galerie).
Prendre une corde (10m) pour rééquiper la main courante entre le P6 et la chatière car la corde en place est usée.
La sableuse a été très difficile à franchir et un nettoyage des deux côtés a été nécessaire.